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  • 29 Sep 2017
    par Magali

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Ecrire tous les jours

Peut-on ancrer son stylo (ou son clavier) dans ses habitudes de vie ? J'étais motivée par cette envie, mais dubitative de ma capacité à relever le défi. J'ai retroussé mes manches, cerclé un jour dans mon agenda, sué à l'idée de me lancer. Et... j'ai commencé à écrire. Chaque jour. Chaque. Jour.

C’était il y a un an. Voici mon bilan :

J’ai écrit tous les jours. Enfin presque (ahum). Je n’ai pas écrit 365 jours non stop. J’ai écrit toute l’année, presque tous les jours. Je préfère voir le verre à 90% plein. Ce qui m’importe le plus, c’est d’être fidèle à ma pratique de l’écriture sur le long terme. De délier les mots, d’exercer ma plume régulièrement. Et surtout, de ne pas arrêter.

Mais pourquoi tous les jours ?

Ecrire, c’est courir le marathon du mot. Seule une pratique régulière permet de mieux respirer, de se muscler, de gagner en souplesse, d’apprendre à connaître ses limites, de les faire bouger. En bref, d’évoluer. Dès lors que l’on a envie d’écrire pour progresser ou faire avancer un projet, il faut écrire régulièrement.

A vous de déterminer la fréquence qui vous permet de progresser avec assiduité. Cette fréquence doit être… fréquente. Mais elle n’est pas forcément quotidienne.

« Je ne dis pas que ma méthode soit la bonne,
mais j’affirme qu’elle est préférable au silence pudibond.

Ecrire tous les jours, génie ou pas. » Georges Perec, lettre à Jacques Lederer
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OK, Georges,
mais comment y arriver ?

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Défi écriture quotidienne

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étape 1

le secouage de puces

Le plus dur n’est pas de relever le défi. Le plus dur est de décider de relever le défi. Pour moi, le chemin a été tortueux, abrupt, semé d’impasses et d’embûches avant d’arriver à cette étape. Le fait de le réaliser m’a aidée à prendre la bonne direction.

D’abord, j’ai longtemps pensé que si je devais écrire, ça viendrait tout seul. Ce serait naturel, fluide. Il fallait improviser, plutôt que ritualiser. Un truc que tu aimes faire, tu n’as pas à te forcer, non ? C’est faux.

Tôt le matin, tard le soir, je ne trouvais jamais le bon moment. Quelque chose venait toujours se glisser entre mon styo et moi. La fatigue, une machine à lancer, une charrette à boucler. Plein de raisons raisonnables. Et surtout, au fond de moi, une voix diabolique qui tuait dans l’oeuf toutes mes aspirations.

Très jeune, on a planté cette idée en moi : écrire, ça ne rapporte rien. Peanuts. Heureusement, j’ai trouvé un métier qui invalidait cette vérité. Longtemps, j’ai écrit tous les jours pour les autres. J’en ai été heureuse. C’est un exercice que j’adore (car il est plus facile de faire dire des choses aux autres que de les dire soi-même).

Ca a été plus rare que j’arrive à écrire tous les jours pour moi. Ecrire pour soi, c’est plus difficile. Quand je dis « écrire pour soi », c’est « écrire en son nom » (on écrit fondamentalement pour quelqu’un, mais c’est un autre sujet). Ecrire pour soi, ça ne rapporte que des cacahuètes. C’est souvent moins prioritaire.

Si tu aimes écrire,
que tu as toujours aimé écrire, que tu écris toujours, depuis toujours, du plus loin que tu t’en souviennes, un peu par ici, un peu par là, un dimanche soir avant d’aller te coucher, un matin sur le chemin du boulot, dans un carnet, sur ton téléphone portable, sur un document Word, aux toilettes ou dans la file d’attente au supermarché, tu me comprendras.


On peut aimer faire quelque chose, adorer, surkiffer. Se dire « je le ferai quand j’aurai le temps ». Bilan à la fin de la semaine : on n’y est pas arrivé. Bilan à la fin de l’année : on reprend des résolutions. Bilan à la fin de sa vie : on a laissé passé sa passion, sa raison de vivre. Oui c’est une vision tragique, j’ai vu huit fois Autant en emporte le vent.

Ce constat dramatique m’a ouvert les yeux. J’aime écrire, mais je me suis perdue en chemin. L’écriture me plaisait profondément, mais ce n’était pas ma priorité, c’était une promesse perdue. J’en suis venue à cette conclusion ferme, radicale, définitive : « si je n’écris pas tous les jours, je n’écrirai jamais. » Même : si je n’écris pas tous les jours, je n’écris pas.

Décider d’écrire avec régularité a été un engagement créatif fort. Je suis fière de l’avoir pris. Peut-être es-tu à ce même carrefour où je me suis trouvée il y a un an, peut-être es-tu sur ce même chemin sinueux que j’ai parcouru, peut-être es-tu au-delà. Ce billet est un retour d’expérience pour t’aider à dessiner ton propre chemin, à toi.

Dis-moi en commentaire 👉 Quelle est ton histoire ? ton lien à l’écriture ? ton rapport avec ta pratique ? tes envies ? As-tu envie de te mettre en selle plus régulièrement ?


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étape 2

le balisage du terrain

Pour écrire tous les jours, faut-il un plan de route ? Ca dépend de vous et de votre niveau de pratique. Quand on débute, mieux vaut s’imposer un cadre — le temps de prendre une habitude, de la mettre en place.

Moi, j’avais besoin d’un cadre rigide au départ. Pour ne pas dévier de mon chemin, je devais m’imposer des règles. Au fil du temps, j’ai pris confiance, j’ai aménagé les contours de mon cadre. Mais je dois veiller à rester disciplinée pour ne pas déraper.

configuration de départ

Ecrire à son bureau tous les jours

écrire tous les jours au même endroit, au même moment, dans la même configuration


Les premiers mois, j’utilisais un logiciel d’écriture pour bloquer toute notification (d’abord FocusWriter, puis ColdTurkeyWriter — tous deux gratuits). Quand mon habitude s’est solidifiée, je les ai troqués contre un simple éditeur de texte.

Je suis sortie de ma paresse créative. Je crée un document par jour et je le stocke dans un dossier, dont l’icône, pile au milieu sur mon bureau, est intitulée de manière très suggestive : « Write 1 doc a day ». Le fait de voir la liste des fichiers s’agrandir matériellement et quotidiennement est super motivant. L’accumulation me donne une preuve concrète. En sauvegardant mon fichier avec la date du jour, je rajoute chaque fois une pierre à l’édifice. J’ai un sentiment d’accomplissement enivrant et libérateur — vous voyez ou pas ?

Au cours de l’année, j’ai dû changer plusieurs fois d’organisation pour m’adapter à des contraintes personnelles ou professionnelles. L’habitude était prise, j’ai pû continuer l’écriture quotidienne. (Il paraît qu’il faut 30-40 jours pour sceller une habitude.)

à toi de fixer tes balises !

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Imagine-toi dans un magasin, prêt à partir en rando. Le vendeur te conseille de choisir des boots de randonnée, montantes pour protéger la cheville, une taille au-dessus pour que le pied puisse gonfler. Le conseil classique.

Si tu débutes, il est sage de suivre son conseil. Si tu as plus d’expérience, tu peux faire autrement. Certains randonneurs marchent en montagne avec des chaussures de trek basses, plus légères et souples, tout en faisant attention à leurs chevilles. Ils ne sont pas inconscients, mais… expérimentés.

Te connaître t’aidera à fixer tes moyens et tes objectifs : nombre de mots / pages / temps passé. Comment marches-tu le mieux ? Qu’est-ce qui te motive : le nombre de kilomètres, la récompense finale, l’environnement, ton compagnon de route ?

Si tu n’as pas ces réponses au départ, elles viendront en chemin. Opte pour une routine simple, classique, accessible. Suis-la. Laisse tes pieds, enfin… tes mains, se faire en cours de route, ton expérience se construire. Avec le temps, tu sauras mieux ce qui te convient : écrire le matin, le soir, sur ton lit, à une table.

Je me prépare à écrire à mon bureau
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étape 3

le remontage de manches

Le point de départ est posé. Il est temps de partir. Une fois qu’on est prêt, décidé à se lancer, le début du chemin est souvent plus facile qu’on ne s’y attendait. Au bout d’un mois d’écriture quotidienne, mon auto-satisfaction était à son apogée. J’étais contente de réussir à écrire tous les jours pour moi pour la première fois dans ma vie :

Depuis un mois, j’écris TOUS LES JOURS. Yihaaa ! J’écris ce message les bras en bas sinon ce ne serait physiologiquement pas possible, mais mentalement j’ai les bras ouverts en signe de V. V comme victoire. En langage d’émoticône : \o/

J’ai écrit tous les jours, punaise. Cette annonce a la même valeur pour moi que si je te confiais que je ne fumais plus depuis un mois (si tu as été fumeur dans ta vie, tu sais). On passera sous silence les rares jours de rechute, ceux où ça n’a pas marché pour des raisons irrésistibles. Chut… Sur une base tendancielle, j’ai écrit tous les jours.

Je n’ai pas craqué. Je n’ai pas souffert. Je n’ai pas craché mes poumons. Je n’ai pas pleuré sur le clavier (enfin si, juste une fois). Je n’ai eu aucun symptôme à déplorer. Ca m’a juste fait beaucoup de bien. Pour cette raison, je peux maintenant affirmer haut et fort, avec joie et fierté : je vais continuer. Encouragez-moi bien fort. Le spectacle ne fait que commencer, les gars. *

* (ces phrases ont des visées auto-persuasives)

Je n’ai aucun syndrome de la page blanche à déplorer (pour l’instant). Je vogue. J’écris sans but. Sur tout et sur rien – surtout sur rien. Mon unique fil conducteur, c’est d’écrire avec sincérité. J’ai écrit sur des sujets qui me tiennent à coeur, ravivé des souvenirs, exploré des pensées insoupçonnées. Bizarrement, j’ai beaucoup écrit sur l’écriture.

écrire quotidiennement - mon défi créatif depuis août
Elle ne savait pas qu’elle pouvait le faire, mais elle l’a fait. *


👆 Ca, c’était mon témoignage au bout d’un mois (enthousiaste). Les passes difficiles sont venues après.

Je découvrais en route la topographie d’un chemin que j’ignorais. Je n’avais pas de projet en tête quand j’ai installé ma routine d’écriture. Je voulais écrire pour écrire. Me laisser surprendre, voir ce qui allait émerger.

Au début, j’étais prolifique. Les écrits s’empilaient. J’en ai publiés sur mon blog. Au fil du temps, le syndrome de la page blanche s’est manifesté de plus en plus. Ce matin, sur quoi je pourrai bien écrire ? Je séchais.

Comment tenir dans le dur, dans la montée, dans l’effort ? Les objectifs quantitatifs, les détails de ta routine ne doivent jamais te faire oublier tes objectifs ultimes. Pourquoi tu fais ça. Ta motivation. Qui donne le cap. Et pour quoi tu fais ça. Ton projet. Qui donne le cadre.

Quand je me sens perdue, je me raccroche à mes motivations. J’écris parce que j’aime écrire, parce que j’aime être utile aux autres, et que c’est en faisant ce que j’aime le plus, que j’ai l’impression de leur apporter le plus. Ces pensées sont puissantes.

Elles ne suffisent pas. J’ai commencé à manquer d’un projet. D’un projet fort, qui me tienne à coeur, pour lequel je me mobilise concrètement tous les jours. Mon problème peut paraître étrange. Quand on écrit, on a souvent un projet en tête : un roman, un livre, une auto-biographie, un blog… Je faisais du déni d’écriture.

Définir son objectif
Définir sa routine « où ? quand ? comment ? », c’est bien, mais les questions qu’il ne faut pas perdre de vue, c’est : où je vais ? pourquoi j’y vais ?

Planète Terre qui tourne

L’écriture, c’est une aventure

Tu es ton capitaine. Tu as ton cadre, ton cap. Mais l’équilibre bouge, c’est la vie. Pour accompagner mon aventure, j’ai trouvé ça très libérateur d’avoir un journal de bord : mon journal intime. Tout au long de l’année, des journaux d’écrivains ou livres sur l’écriture m’ont aussi accompagnée. Comme le Writer’s Diary de Virginia Woolf. Lire qu’un grand écrivain a lui aussi ses doutes, souffre sur son chemin de croix, ça permet de relativiser, dans son petit coin.

Toi 👉 C’est quoi ton aventure ? Qu’est-ce qui te FORCE à écrire ? Quel est le projet que tu rêves de réaliser ?



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étape 4

le recadrage

Un an après, j’en suis à cette phase. Je fais le point. J’ajuste tous les paramètres. Mes perspectives au bout d’un an d’écriture ont changé. C’est pour cette raison que j’ai mis à jour ce billet, initialement publié au bout d’un mois d’écriture quotidienne. Elles s’approfondiront encore, sans doute. Pour 2019, j’aimerai relancer mon défi autour de projets mieux définis. Et toi, c’est quoi ton défi ?


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