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  • 19 Juil 2018
    par Magali

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Mon journal intime

J’ai déterré mon journal d’ado. Tenu de mes douze à dix-sept ans. Une couverture kitsh fleurie mauve et bleue, des lignes fines remplies tour à tour avec des crayons violet, turquoise, argenté, des collages de photos et de mots, le ticket de ma première séance de ciné entre copines – Romeo + Juliet, le 26 avril 1997 à 14h.

Boîte de chocolats ou de Pandore ? A le relire, je ne savais plus ce que j’avais entre les mains. J’ai été attendrie et affligée. Le podcast Entre m’a fait le même effet : Justine, du haut de ses 11 ans, se confie sur son deuil de l’enfance et son entrée dans l’adolescence. Des réflexions tantôt drôles, tristes, lucides, naïves, optimistes, nostalgiques, brutes et tranchées. Tout ça à la fois. Gloups.

couverture de journal à fleurs (bien kistch)

👆 Même sans cadenas, j’écrivais dedans de manière 100% sincère.

L’adolescence est un âge dur : on se réveille tout à coup dans un monde où tout n’est que jugement d’autrui. On voit, entend, ressent des choses inexistentes avant. Et tout à coup, il faut assumer, affirmer une personnalité embryonnaire dans un environnement chaotique. A qui se fier ? Se confier ? Mon journal était neutre. Je pouvais lui dire les choses librement.

« J’ai besoin d’une confidente, de quelqu’un qui me comprenne et qui ne se moque pas de moi, qui soit tolérant. C’est pour ça que je te crée. » jeudi 1er mai 1997

Au début plutôt rigolo, il s’est transformé en exutoire, voire journal de vendetta (presque celui de Carrie de Stephen King). Je me délivrais des atrocités vues ou vécues, tout en les redirigeant sur les autres ou moi-même. C’était très cathartique. Puis il s’est apaisé, comme moi.

En me recalant sur ma chaise avec une profonde inspiration, j’ai regardé les choses vingt ans après, de la même façon que si j’avais pris pour la première fois l’ascenseur d’un gratte-ciel. 40 étages, 10 secondes, 1 ding. J’étais scotchée. J’ai mesuré la hauteur gagnée avec le temps, les étages bâtis, les défis, les épreuves, les erreurs de construction, le design global non anticipé. Ca m’a paru bizarrement génial et incroyable. L’écriture a accompagné tout ça.

Parenthèse : J’avais envie d’écrire ce billet pour dire : offrez/donnez des journaux à vos petits cousins-cousines/enfants/ nièces-neveux/filleul(e)s/ami(e)s, c’est fou ce que ça peut aider à aimer les mots et à s’aider soi-même.

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Des journaux marquants


Comme beaucoup, le journal d’Anne Frank m’a marquée au fer, enfant. J’avais trouvé une édition de Calmann-Lévy. C’est comme ça que j’ai appris qu’il n’y a pas un journal, mais trois. Le premier, version super spontanée d’Anne Frank. Le deuxième, réécrit de sa main. Et le troisième, texte revu et corrigé par son père. C’est cette version qui a été publiée. J’avais préféré le premier jet de texte. Un journal, s’il est amendé, modifié, censuré par quelqu’un d’autre, il a perdu quelque chose, non ? Son père n’était pas un éditeur, c’était… son père, une forme d’autorité, soucieux de son nom, de sa propre image.

Journal d'Anne Frank Carte Postale
Journal d’Anne Frank (carte postale achetée au musée)

Le journal est-il un truc de filles ? Non. Beaucoup d’écrivains ont écrit des journaux : Jules Renard, Franz Kafka, Charles Baudelaire, Paul Valéry… Kurt Cobain en a laissé des dingues. Ses journaux, sur des cahiers à spirales, reflètent son bouillonnement intérieur. Ses pages, dessins, mots, gribouillis ont été mis en vie dans le documentaire Montage of a Heck (il est très triste, j’ai mis du temps à m’en remettre, mais je le conseille vraiment si vous êtes sensible à son histoire ou univers créatif).

Journal de Kurt CobainJournal de Kurt CobainDessin Kurt Cobain
Journaux de Kurt Cobain (source : Open Library)

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Après mon premier journal, j’ai continué à écrire. Dans des carnets, des agendas, des cahiers, en fonction des périodes. Plutôt en traits pointillés qu’en ligne continue. Car bon, hum, j’ai eu tendance à collectionner plein de jolis carnets sans écrire dedans pendant très longtemps.

Sans faire exprès, j’ai recommencé un vrai journal. Quotidien. L’an dernier, j’ai pris une nouvelle habitude : écrire tous les jours. Je me suis mise à écrire partout, dans tous les sens, sur tous les supports – ordi, téléphone, agenda, cahier, carnet, feuilles de papier. C’était si chaotique que j’ai dû me canaliser.

En juin, j’ai ouvert un journal. J’ai hésité pendant très longtemps, comme si je devais prendre un engagement auprès de quelqu’un, jusqu’à ce que je retombe sur un carnet de ma collec’. Le déclic.

le journal qui s'ouvre

Je m’étais promise de le garder pour écrire quelque chose de spécial. Cette promesse était devenue comme le legs transgénérationnel d’un pacte honorifique que plus personne n’ose questionner. Une idée d’un truc que je ferai un jour mais sans me demander quoi, ni quand, ni pourquoi. C’était acté. Du coup il est resté blanc.

Je l’avais acheté à Amsterdam, en promo, trois fois rien, sur mon budget d’étudiante qui économisait des bouts de chandelle et mangeait des choux de Bruxelles parce que c’était des légumes pas cher à Dirk van den Broek. Amsterdam, la ville d’Anne Frank, celle où elle a écrit son journal, sur un petit bureau, cachée dans une annexe. Rien n’était calculé.

C’est un androïde cahier-carnet qui ressemble à un livre. Il n’a pas de marque, rien qui ne me permettrait de savoir où le racheter. Le quart a été noirci en un mois. A ce rythme, il va en durer trois de plus. J’en ai un autre en vert : encore quatre de plus. Le compte-à-rebours pour trouver mon futur journal idéal a commencé (des conseils ?).

Journal intime ouvert

Dernière parenthèse : je voulais aussi parler de journal intime sur le blog pour montrer que ce sont deux choses dissociées. Mon journal, c’est un joyeux bazar dans lequel je balbutie comme si j’avais trop bu. Mon blog, c’est des morceaux choisis, plus élaborés : des sujets communs que j’aborde aux travers de ma réflexion personnelle. Dans Mon journal, je me parle à moi-même. Quand j’évoque ici des anecdotes, c’est souvent parce que je pense qu’elles peuvent « parler » aux autres.

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