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  • actu : 22 Nov 2018
    par Magali

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Vivre Ă  Bordeaux, c’est comment ? 🧐

Est-ce cool de vivre Ă  Bordeaux ? Vite fait, je dis oui. Mais cette question me dĂ©range. J’ai du mal Ă  y rĂ©pondre de maniĂšre linĂ©aire. J’ai grandi Ă  Bordeaux, et j’ai voulu en partir. J’y suis revenue sans rĂ©ellement l’avoir cherchĂ©.

Bordeaux a le vent en poupe. Dans la presse, les titres Ă  ce sujet sont lĂ©gion. A tel point que je me suis demandĂ©e si cela valait la peine d’écrire lĂ -dessus. L’info est ailleurs. Mais j’ai eu envie d’affronter la question. Ce billet est aussi une introspection.

Vue plongeante de la Garonne Ă  Bordeaux
« Cette ville oĂč nous naquĂźmes, oĂč nous fĂ»mes un enfant, c’est la seule qu’il faudrait nous dĂ©fendre de juger. Elle se confond avec nous, elle est nous-mĂȘmes. » François Mauriac, Commencements d’une vie
Un bateau sur la Garonne
Douceur de vivre Ă  Bordeaux
Vues sur la Garonne & glycine du Jardin Public : la douceur de vivre Ă  Bordeaux. En ce temps d’hiver, ça fait du bien de revoir des paysages Ă  feuilles, non ?

J’ai quittĂ© Bordeaux

J’ai grandi Ă  Bordeaux. J’aimais beaucoup ma ville. Mais j’ai voulu partir. A 19 ans, mon projet d’Ă©vasion aboutit : je pars un an Ă  Amsterdam. A la fin de mes Ă©tudes, je monte Ă  Paris. L’acclimatation est dure. Je ne connais personne et enfile mon manteau d’octobre Ă  juin. Mais je mords Ă  l’hameçon.

Je tombe sous le charme de Paris. Peu importe la fatigue du rythme, j’accroche Ă  son Ă©nergie et cosmopolitisme. A Paris comme Ă  Amsterdam, j’évoluais dans un heureux mĂ©lange de gens. J’y ai fait des rencontres qui ont changĂ© ma vie. J’ai pĂ» vivre sans ĂȘtre vue. Certains ne supportent pas. Moi j’aime la sensation de libertĂ© que ça procure.

Par contraste, ça m’a Ă©clairĂ©e sur une chose : Ă  Bordeaux, j’étais Ă  l’étroit. Je ne m’en rendais pas compte tant que j’y Ă©tais. L’entre-soi local m’étouffait. J’évoluais dans un monde oĂč les gens Ă©taient relativement semblables. Il y avait trĂšs peu de place pour ĂȘtre diffĂ©rent.

Les nouveaux venus ici confient souvent ce constat : c’est dur de s’intĂ©grer. Est-ce propre Ă  Bordeaux ? Je ne sais pas. Quand on arrive quelque part, ça demande toujours des efforts de s’intĂ©grer. Se mĂ©langer dans les villes de moindre envergure, ça peut ĂȘtre plus dur. Bordeaux est une grande ville, mais une ville de province : ça ne plaĂźt pas toujours.

Mettre une Ă©tiquette sur les Bordelais, en 2018, reste dĂ©licat. Bordeaux a grandi en accueillant beaucoup de personnes du reste de la Gironde, du Grand Sud-Ouest, de la rĂ©gion parisienne ou d’ailleurs. C’est une mĂ©tropole aux identitĂ©s multiples. En fonction des rencontres, des quartiers ou des rĂ©seaux dans lesquels on Ă©volue, les expĂ©riences peuvent ĂȘtre trĂšs diffĂ©rentes. Mais c’est partout comme ça, non ?


đŸŽ„ ParenthĂšse-vidĂ©o

Je poste des contenus vidĂ©os sur la chaĂźne Merrygraph. En complĂ©ment de ce billet, voici un topo-vidĂ©o de 3mn54 sur la vie Ă  Bordeaux. Je pense en faire d’autres : est-ce qu’il y a des sujets particuliers qui vous intĂ©resseraient ? Laissez-moi un commentaire pour me dire 💬 Et abonnez-vous Ă  ma chaĂźne !

Si tu veux voir la vidĂ©o sans son, active les sous-titres en cliquant sur l’icĂŽne en bas Ă  droite.

📝 Suite du billet ci-dessous 👇

Vivre à Bordeaux Cathédrale Saint-André
Vivre Ă  Bordeaux Quartier MĂ©riadeck
Petite rue du centre ville de Bordeaux
Saint-AndrĂ©. MĂ©Ìriadeck. Petite rue prĂšs du tribunal. PhotographiĂ©s cet Ă©tĂ©.

Et puis je suis revenue

Je ne pensais pas revivre Ă  Bordeaux un jour. Quand je change d’endroit, je change. Je n’avais jamais expĂ©rimentĂ© le fait de revenir dans un lieu sans le dĂ©couvrir de zĂ©ro. Alors oui : tout est familier, donc plus facile. Mais notre regard est moins enchantĂ©. Les endroits ont changĂ©, mais sont… les mĂȘmes. Je n’ai un regard ni naĂŻf, ni chauviniste sur la ville. Je l’ai expĂ©rimentĂ©e adolescente puis Ă©tudiante, je l’expĂ©rimente maintenant adulte. Je suis trĂšs heureuse d’avoir « vu du pays ».

Par rapport au Bordeaux d’avant (la Belle endormie des annĂ©es 90), on a gagnĂ© en cadre de vie. Le centre-ville Ă©tait saturĂ© de voitures. Les façades noires. Aujourd’hui, le centre appartient aux piĂ©tons et aux cyclistes. Les façades ont Ă©tĂ© ravalĂ©es. Tout est plus clair, respirable, agrĂ©able. Si on enlĂšve les moustiques, la pluviomĂ©trie hivernale assez forte et les Ă©pisodes caniculaires, le climat est bon. On s’y sent bien.

La ville est belle. Certains endroits sont trop lisses Ă  mon goĂ»t : le Cours de l’Intendance, les grandes places dĂ©nudĂ©es comme Pey Berland ou Saint-Michel, le passage Sainte-Catherine. Mais j’arrive Ă  trouver mon lot de choses charmantes et biscornues : les petites rues, les petites places, les petites boutiques. J’adore le Parc des AngĂ©liques sur la rive droite – plus verdoyant que les quais de la rive gauche. Ca donne un supplĂ©ment d’ñme Ă  la ville.

J’entends souvent dire que Bordeaux, dans les annĂ©es 70-80, c’était plus fun, que la Victoire Ă©tait plus festive. Depuis les 90’s-00’s, on a gagnĂ© en dynamisme, j’ai l’impression. Il y a suffisamment de bars et de bistrots pour ne pas avoir toujours l’impression de manger au mĂȘme endroit. Bordeaux dĂ©tient un record avec 1 resto pour 285 habitants. Il y a plus d’adresses qu’avant, et plus de diversitĂ© culinaire qu’avant. On peut manger autre chose qu’un confit de canard.

Il y a une vie culturelle (mĂȘme si c’est pas l’aspect dont je profite le plus depuis que je suis maman – avouons-le). On compte des grands rendez-vous dans l’annĂ©e, plusieurs salles dans l’agglomĂ©ration avec des programmations diffĂ©rentes et complĂ©mentaires. Niveau cinĂ©ma, on a une offre locale : les grandes salles et multiplexes, comme les cinĂ©mas indĂ©pendants (vive l’Utopia !).

Les lignes ont bougĂ© et bouge encore. Bordeaux n’est plus figĂ©e. La ville change. Elle grossit : +50 000 habitants de 2010 Ă  2015. Des endroits ferment, d’autres ouvrent. Des rues entiĂšres se sont mĂ©tamorphosĂ©es. Des ponts, des monuments sortent de nulle part. J’entends plus parler anglais, allemand, nĂ©erlandais, japonais. Il y a plus d’internationaux, de « Parisiens », de gens venus d’ailleurs. Comme toutes les choses qui bougent, ça fait peur, ça interroge. Mais la dynamique fait du bien.

Toits de Bordeaux
Météo à Bordeaux temps gris
Bordeaux et le tram
Bordeaux l’hiver : pluie et temps gris. Bordeaux l’Ă©tĂ© : chaleur et temps d’orage.

Les hics de Bordeaux : l’emploi et l’immobilier

J’ai pris conscience de trucs de grands que je n’avais pas en tĂȘte avant : trouver une maison et un travail salariĂ© relĂšvent du dĂ©fi. On est dans un marchĂ© de l’immobilier et un bassin d’emploi sous pression. Beaucoup de personnes projettent de s’installer sur Bordeaux et dĂ©chantent pour ces raisons. Il faut ĂȘtre patient, persĂ©vĂ©rant et vraiment motivĂ©.

Niveau immobilier, la demande est trĂšs forte et l’offre trĂšs limitĂ©e. Les prix ont pris +10% depuis 2015. Il faut ĂȘtre super rĂ©actif dĂšs qu’une annonce vous intĂ©resse. Les agences immobiliĂšres ont des listes de potentiels acquĂ©reurs trĂšs longues. Les professionnels de l’immobilier dĂ©crivent un emballement incomprĂ©hensible sur des quartiers comme Les Chartrons.

Niveau travail, Ă  moins de travailler dans l’informatique ou l’aĂ©ronautique, ou de trouver direct un emploi chez un des gros employeurs du coin (CDiscount, Safran, ThalĂšs, Pichet..), il est dur de trouver un boulot si vous avez un profil de cadre expĂ©rimentĂ©. Les recrutements passent par le rĂ©seau. La mobilitĂ© des cadres est faible. Les salaires sont bas. Dans mon domaine (la communication), c’est quasi mission impossible de trouver un poste. Ce reportage rĂ©sume bien la rĂ©alitĂ©-terrain.

C’est sans doute ce qui alimentent les comportements anti-Parisiens de certains. A mon arrivĂ©e/retour Ă  Bordeaux, j’ai pĂ» moi-mĂȘme sentir une mĂ©fiance/dĂ©fiance. DĂšs que je disais « j’ai grandi Ă  Bordeaux », les verrous se levaient. Une approbation Ă©tait tout de suite plus ou moins verbalisĂ©e. Je n’Ă©tais pas dupe.

J’espĂšre que la situation se dĂ©cantera en positif, que ces contraintes vont pousser l’esprit d’entreprise, les rĂ©seaux d’entraide, que l’immobilier va se dĂ©bloquer. Je suis plutĂŽt positive. L’avenir nous donnera la rĂ©ponse. Pour l’instant les challenges sont importants.

Cette stratĂ©gie de rejet du « Parisien » n’est pas la meilleure. L’anglais Paul Taylor a drĂŽlement raison.

Boulevards de Bordeaux ProblĂšme de traffic
Plus de gens, plus de traffic, plus de bouchons. En centre-ville, mieux vaut ĂȘtre Ă  vĂ©lo. Ici, phĂ©nomĂšne rare : les boulevards… vides.

Le plus de Bordeaux : son environnement

Le gros avantage compĂ©titif de Bordeaux, c’est son territoire. C’est ce qui me donne vraiment envie de lever le pouce vers le ciel. En amoureuse des balades et de la photo, je ne peux qu’avoir un discours propagandiste : la Gironde est belle. Elle est gĂ©nĂ©reuse, sympathique, photogĂ©nique, elle sent bon.

L’ocĂ©an, les lacs, le Bassin d’Arcachon, les landes, les vignes, la campagne, la ville, les parcs… comment avoir autant de choix aussi prĂšs de nous ? J’ai mis du temps Ă  m’acclimater Ă  Bordeaux : revenir d’une expatriation, se rĂ©installer dans une ville sans le bonus de la dĂ©couverte (ce qui faisait mon quotidien en Californie), c’est particulier. La beautĂ© et la diversitĂ© des paysages autour de nous m’a permise de raviver la flamme.

Quand on veut voir ailleurs, on est pas loin d’endroits top non plus : la Dordogne, les Landes, le Pays-Basque, les PyrĂ©nĂ©es, le Lot, le marais poitevin, la Rochelle, Toulouse, l’Espagne… (hey Paris Ă  2 heures !) La liste est Ă  rallonge.

Pour cette raison, les gens sont beaucoup sur la route le week-end (un Bordelais sur deux, il paraĂźt). Il faut trouver des techniques de Sioux pour Ă©viter les embouteillages du vendredi soir ou du retour de la plage le samedi et le dimanche, et rester calme quand certains roulent Ă  110 sur les Ă©troites routes en direction de l’ocĂ©an. Mais si l’on veut prendre le large, profiter de la nature et du calme, c’est possible.

“Aujourd’hui, tu es plus d’humeur Cap Ferret ? MĂ©doc ? Entre-deux-mers ?”
lac du bousquey en gironde réserve naturelle d'arÚs et de lÚge
Bassin d'Arcachon
Des bois à la mer : diversité des paysages. Il est dur de se lasser de cet aspect multi-facettes !

Je suis revenue vivre Ă  Bordeaux. Je ne m’y attendais pas. Ma fille est nĂ©e ici. Je m’y attendais encore moins. Refaire toutes ces dĂ©couvertes avec un enfant, c’est encore diffĂ©rent. De nouvelles histoires s’Ă©crivent. De nouvelles strates de vie s’accumulent. Et je consolide ma dream list d’escapades locales…

En vlog, je vous emmùne à la dune du Pilat. A 1h10 de Bordeaux, ce site est juste ma-gni-fi-que 👇


Et toi, veux-tu vivre Ă  Bordeaux ? Ou y vis-tu dĂ©jĂ  ? Raconte-moi ce que tu penses de la ville ! Je suis toujours curieuse de savoir comment elle est perçue. Si ce billet t’a plu, parles-en, envoye ce lien Ă  tes amis, bref recommande-le : https://merrygraph.com/vivre-a-bordeaux/


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4 réactions
  1. Hello ! J’ai habitĂ© Ă  Paris quelques temps et j’avoue avec ce rĂȘve assez commun: celui de partir vivre Ă  Bordeaux, histoire de voir ! Je souhaite m’installer du cĂŽtĂ© de l’ocĂ©an et j’aime les villes. Mais tu as raison, le hic c’est l’immobilier et les emplois et mon milieu est dĂ©jĂ  trop bien saturĂ©… Je louche sur la rochelle maintenant !
    A bientĂŽt,
    Line

    • @Line Oui et je comprends ! Quand je vivais Ă  Paris, je regrettais d’ĂȘtre aussi loin de la mer… La Rochelle est une trĂšs chouette ville – tu as bien raison.

  2. Salut, je viens de lire ton article « Vivre Ă  Bordeaux ». J’ai beaucoup aimĂ©. C’est vraiment sympa ton blog.
    Et je suis assez curieux, j’aimerais savoir comment tu as fait pour vivre en Californie ? car ça a l’air trop bien lĂ -bas.
    Je pense peut-ĂȘtre m’installer Ă  Bordeaux (mais j’hĂ©site avec Toulouse). Partir en Californie serait top mais ça semble juste juste complĂštement fou. ^^

    SĂ©bastien
    • Salut SĂ©bastien ! Merci de ton message : ça me fait Ă©normĂ©ment plaisir de recevoir des messages comme le tien. Je suis trĂšs contente que tu aies apprĂ©ciĂ© la lecture du blog.

      Je suis partie en Californie en suivant mon compagnon qui avait trouvĂ© un travail lĂ -bas dans la recherche (donc profil pointu, que personnellement je n’ai pas !). Les Français qui partent en Californie ont souvent ce type de profil (technique / ingĂ©nieur / chercheur), et trouvent un boulot directement avec un employeur amĂ©ricain ou via leur employeur en France qui ont un bureau en Californie. Dans les autres scĂ©narios : gagner la carte verte Ă  la loterie annuelle / partir en visa Ă©tudiant / ou, pour les entrepreneurs, monter un projet lĂ -bas (ça doit ĂȘtre du solide, et il faut investir sur place…)…

      Sinon Bordeaux est trĂšs sympa. Et Toulouse aussi !! C’est une ville dans laquelle je me verrai bien vivre aussi, mĂȘme si j’aurai peur de me sentir trop loin de l’ocĂ©an…